Les Précurseurs : Un hommage de Loïc Merle
Le résumé
À l’aplomb des plateaux de Lozère, se dessine la silhouette éclatante et libre d’Augusta, qui aura passé sa vie à suivre ces chemins escarpés – ses sentiers adorés. D’elle on entrevoit des images, on la devine joyeuse, dispensant quelques conseils à son petit-fils, Loïc.
Des années plus tard, Loïc cherchera des réponses auprès d’une autre augure. Entre les pages du "Journal" de Jean- Luc Lagarce, il emprunte les portes dérobées d’une œuvre obsédée par l’éternel retour et les origines ; s’y reconnaît, parfois.
Sans doute ce livre est-il un hommage singulier : dans une prose magnétique, Loïc Merle y brosse le portrait émerveillé d’une femme humble, qui toujours veilla sur les siens. D’un repère à l’autre – l’amour d’une grand-mère, la dévotion à l’art de l’auteur de "Juste la fin du monde" –, il dresse un monument à cette part du passé qui nous constitue, que l’on souhaiterait transmettre. Et que la littérature permet de rendre, à travers les années, plus vive que jamais.
Voir le livre chez Actes-Sud
Extraits de presse
« Les Précurseurs » évoquent deux figures centrales, sa grand-mère et le dramaturge Jean-Luc Lagarce
L’auteur de « L’Esprit de l’ivresse », sur les émeutes de 2005, ou de « Provinces de la nuit », sur les attentats de 2015, passe, non sans scrupule, à un registre plus intime.
Un livre constamment en mouvement
S’il y a bien une chose que ne fait pas Les Précurseurs, c’est « enfermer ». Peut-être par respect pour la nature énergique et claustrophobe de sa grand-mère, Loïc Merle propose un livre qui semble constamment en mouvement. Constitué d’éclats de souvenirs, de bribes d’hypothèses quand le savoir sur tel ou tel épisode de sa vie vient à manquer, il se présente d’autant moins comme un bloc qu’il circule entre l’« évocation » (tel est le sous-titre) d’Augusta, et celle d’une autre figure marquante pour l’auteur : le dramaturge Jean-Luc Lagarce (1957-1995). Un homme dont le Journal (publié en deux tomes aux Solitaires intempestifs, 2007 et 2008) semblait, écrit Loïc Merle : « Parler de moi et de ma famille mieux que je n’aurais su le faire. »
Les Précurseurs est aussi imprégné de la présence du dramaturge Jean-Luc Lagarce dont le Journal a changé le regard de l’auteur sur sa famille et sur lui-même.
La lecture des pensées que Lagarce a consignées au jour le jour va permettre à Loïc Merle de porter un autre regard sur lui-même et sur les membres de sa famille et de prendre ses distances vis-à-vis de certains d’entre eux. Il garde en lui cette phrase de l’auteur de Juste la fin du monde : « Un des moyens de s’affirmer et, par là même, de soutenir sa vocation d’écrire découverte très tôt, est de considérer sa famille, sa région et sa classe sociale, moins à la manière d’objets d’étude que comme de véritables repoussoirs ». Le journal de Lagarce l’éclaire aussi sur sa relation singulière avec Augusta, mettant en avant le mystère de la transmission. Il paraît au premier abord surprenant de voir ainsi réunies deux figures si dissemblables et de les associer dans le titre : Les Précurseurs. Mais tel est, nous dit Loïc Merle, « le miracle de la littérature » : créer des ponts entre un homme de lettres et une paysanne devenue infirmière pour qui « les livres restaient fermés ». Par quels mécanismes invisibles Augusta a-t-elle pu transmettre à son petit- fils ce qu’elle n’avait pas, l’amour des mots, de la littérature ?