Architecture

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Pascal Rambert

« L'espoir ne connaît pas le futur et heureusement...»
Pour Architecture, l'Europe du XXe siècle, traumatisée par les guerres et le nationalisme, sert de toile de fond à cette fresque écrite à même le corps et la voix d'acteurs exceptionnels. Réunis pour la première fois sur un même plateau, ils incarnent les membres d'une famille d'artistes, de philosophes, de compositeurs qui ne vont pas réussir à éviter le naufrage de leur monde. Leur pensée semble pétrifiée par ce qu'ils pressentent de l'avenir. Même face à l'imminence de l'horreur, ils ne parviendront pas à s'unir pour changer le cours du temps. L'auteur et metteur en scène Pascal Rambert s'interroge : « S'ils n'ont pu empêcher le sang, comment ferons-nous dans un temps comme le nôtre, si peu armés collectivement ? » Ses héros, eux, se déchirent – comme souvent dans les pièces du dramaturge, sculptées à la force d'une langue très physique – et ne savent ni fuir ni combattre, « serrés par la peur ».

Note d’intention par Pascal Rambert

J'écris Architecture pour Audrey Bonnet, Marina Hands, Marie-Sophie Ferdane et Emmanuelle Béart ainsi que pour Jacques Weber, Stanislas Nordey, Laurent Poitrenaux, Arthur Nauzyciel et Denis Podalydès.


Après Clôture de l'amour écrit pour Audrey Bonnet et Stanislas Nordey. Après Avignon à vie écrit pour Denis Podalydes. Après Répétition écrit pour Audrey Bonnet, Stanislas Nordey, Denis Podalydès et Emmanuelle Béart. Après Argument écrit pour Marie-Sophie Ferdane et Laurent Poitrenaux. Après De mes propres mains et l'Art du Théâtre avec Arthur Nauzyciel. Après Une vie écrit pour Denis Podalydès. Après Actrice avec Marina Hands et Audrey Bonnet. Et après 25 ans d'attente - le temps c'est merveilleux - (les noms d'acteurs qui s'ajoutent, se répondent, les uns aux autres c'est merveilleux) après 25 ans d'attente je dis à Jacques Weber je veux écrire pour toi et que tous ces noms et le tien se lient dans Architecture.


Architecture est une brutale histoire de famille.
Un naufrage. Entre le début de la modernité, la première guerre mondiale et l'Anschluss. Une période de 30 ans. Nourrie d'espoir. Egorgée dans un bain de sang. Où le langage lui-même perd tout sens. Où le langage meurt.
Une famille brillantissime tenue dans la main violente d'un père fou. Tous sont brillants. Les fils, les filles, les beaux frères, les belles filles. Tous sont compositeurs, architectes, philosophes, écrivains, scientifiques, toutes sont philosophes, écrivaines, actrices, peintres. Toutes et tous pensent. Tous ont donné leur vie pour la pensée. Tous ont donné leur vie pour la beauté. Tous - les uns après les autres - sans pitié, mourront de mort violente, à la guerre, en se jetant par la fenêtre, des mains de leur propre père, de folie, de faim, de chagrin, par poignée dans des trains, des camps. Tous auront combattu pour plus d'intelligence, de savoir, de maîtrise du monde, de justice. Tous périront. Tous sans exception. Incapables, malgré la maîtrise du monde, la maîtrise du langage, de la philosophie, de la littérature, de l'image et de la science, d'empêcher l'horreur d'advenir. Et de couvrir de son manteau de sang et de honte l'Europe.


Architecture montre comment les plus belles structures s'effondrent et finissent par engloutir leurs enfants les plus brillants. Architecture est un memento mori pour penser notre temps. Si les plus brillants n'ont pu empêcher le sang comment feront nous dans un temps peu armé comme le nôtre si le sang se présente à nouveau ?

Entretien avec Pascal Rambert

Architecture : un texte et une pièce pour de grands acteurs que vous réunissez pour la première fois sur scène…

Pascal Rambert : Oui. C’est une distribution de très grands acteurs avec qui j’ai eu le bonheur de travailler tout au long de ces dix dernières années et que j’ai eu envie de réunir sur un seul et même plateau. Cette distribution, c’est surtout du temps entre des gens, entre des spectacles. Ce sont aussi des retrouvailles. Des retrouvailles car tous les deux ou trois ans, j’écris quelque chose pour l’un d’entre eux. Et puis, ces acteurs se connaissent tous. Il y a donc derrière cette distribution des ramifications profondes, non visibles, et du désir. Elle est en quelque sorte l’armature de cette pièce à laquelle je pense depuis 2014.

Le sujet de la pièce – l’observation de la montée des nationalismes – était au centre d’un de vos spectacles programmés au Festival d’Avignon en 1989 : Les Parisiens ou l’Été de la mémoire des abeilles. Pourquoi continuer à traiter ce sujet aujourd’hui et ici ?

Je ne suis pas alarmiste, mais le monde tel que je le vois évoluer, s’il m’étonne, ne m’enthousiasme pas. De mon point de vue, la puissance démocratique se délite. Je ne parle pas de ce que je peux lire dans la presse. Je parle de ce que j’observe dans les pays où je vis et me rends. Au cours de mes voyages, j’écris des textes que je mets en scène avec des acteurs qui évoluent dans des contextes politiques variés et difficiles. En Chine ou en Égypte, par exemple, mes textes sont censurés. Mais pour moi, il est important de travailler là-bas, de rencontrer de jeunes artistes. Cela permet de créer un dialogue, de faire bouger les lignes. Je suis convaincu que les formes, les œuvres, permettent de transformer les choses comme les hommes. Architecture parle bien de la puissance du nationalisme, de sa capacité à bousculer un pays et des vies mais aussi de l’art et de la nécessité de poursuivre, toujours. Je poursuis donc.

Vos protagonistes, que l’on suit pendant trente ans en Allemagne, en Autriche, à Trieste, Zagreb, Bratislava… sont l’Europe.

Cette notion de temps qui passe est un axe essentiel de la pièce qui commence au début de la modernité artistique, dans la Vienne des années 1908, et se termine au moment de l’Anschluss. Elle sert de cadre à l’histoire de cette famille. Marie-Sophie Ferdane joue le rôle d’une artiste mariée en secondes noces à Jacques Weber, une sommité de l’architecture viennoise, chantre du classicisme. De son côté, il a deux filles, Anne Brochet et Emmanuelle Béart, mariées respectivement à Laurent Poitrenaux et Arthur Nauzyciel, et deux fils, Denis Podalydès et Stanislas Nordey. Tous sont compositeurs, architectes, philosophes, écrivains, scientifiques. Toutes sont philosophes, écrivaines, actrices, peintres. Toutes et tous donnent leur vie à la pensée, à la beauté, à ce qui grandit l’Homme. On observe cette famille, tenue dans la main violente d’un père fou, évoluer dans un environnement extrêmement dur, sans arriver à faire front, à faire face à la montée du national-socialisme. Au lieu de travailler ensemble, cette famille se noie dans toutes sortes de guerres intestines. Cette désunion est le reflet de leurs désaccords devant le grand péril qui arrive. Comme elle ne sait pas s’unir, rien ne se passe. Ils sont pris d’effroi devant l’impensé. L’inimaginable les sidère. Le sujet est donc un trajet intérieur et nous observons la réaction de ces gens, toujours en mouvement, mais finalement toujours immobiles. Ils sont serrés dans la peur, pétrifiés par ce qui arrive. Tous mourront de mort violente. Malgré leur maîtrise du monde, du langage, de la philosophie, de la littérature, de l’image et de la science, ils n’empêcheront pas l’horreur d’arriver… Les protagonistes évoluent dans une époque très similaire à la nôtre, même si je pense que nous sommes moins armés qu’eux – en tout cas dans le collectif – pour pouvoir faire face aujourd’hui à une nouvelle tragédie. Pour écrire Architecture, je me suis également inspiré de grandes familles viennoises et particulièrement celle de Ludwig Wittgenstein. Ce philosophe affirmait que « le langage quotidien est une partie de l’organisme humain, et pas moins compliqué que ce dernier ». En tant qu’écrivain, je ne peux pas ne pas parler du langage. Le sujet n’est qu’un guide. Ici, je me demande ce qu’il devient quand il a été un des outils de l’écrasement, de la douleur absolue d’un continent entier. Architecture observe la trajectoire du langage transformé en mensonge qui détruit les corps. Tous les personnages de la pièce meurent d’absence de langage.

Comment avez-vous écrit cette partition chorale où les femmes ont un rôle essentiel ?

J’écris pour les acteurs, pour leurs énergies, leurs tessitures, leurs rapports corporels à l’espace. C’est la raison pour laquelle je n’écris pas de roman, car j’écris toujours pour des corps, comme un chorégraphe. De mon point de vue, une œuvre est avant tout une organisation de tensions énergétiques. Alors qu’elle est naturellement abondante, cette fois, j’ai organisé ma langue de façon plus directe, froide. Les échanges entre les protagonistes sont violents parce qu’ils disent les choses, traduisent leurs inquiétudes, la peur panique, la compréhension de leur propre fin. Les femmes ont un rôle important parce qu’à l’époque où la pièce se déroule, elles réfléchissent à leur place dans la société, à leur rapport aux autres, à de nouveaux systèmes de vie en communauté, plus proches de la nature… Nos interrogations contemporaines sur l’écologie, l’émancipation, l’éthologie, naissent à ce moment-là de l’Histoire aussi grâce à elles. En parallèle, il y a aussi le rapport à l’autre, le désir, le soin porté à la langue, le regard sur la beauté. Ils sont cousus ensemble et sont tous écrasés par le sujet principal, la montée des nationalismes.

La pièce se nomme Architecture. Et vous la créez dans un espace central et porteur : la Cour d’honneur du Palais des papes.

J’avais déjà écrit une partie de la pièce quand le Festival d’Avignon m’a proposé la Cour d’honneur. Mes pièces sont écrites pour des acteurs, des lieux et certains pays. Et la Cour d’honneur est un lieu à part, unique. J’y ai vu des pièces importantes qui ont contribué à ma formation artistique, comme Nelken de Pina Bausch. J’y ai fait des choses. J’en ai rêvé. En cours, j’ai donc modifié et retravaillé pour que la parole soit absolument faite pour cet espace. Je peux donc dire que ce lieu a modifié le langage de la pièce. Il me fallait trouver une certaine forme de puissance verbale, penser à la projection des mots. Mais le plus passionnant, c’est le public de la Cour. Un public très divers que l’on ne voit jamais ailleurs et qui est tout à la fois : proche et lointain. Ce contexte particulier crée des attentes auxquelles j’ai tenté de répondre en m’adressant à tout le monde, en travaillant ma langue avec tout ce monde, pour tout le monde, tout en restant moi et en espérant que chacun puisse lire sa pièce.


Propos recueillis par Francis Cossu

Podcasts

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Critiques

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    Festival d’Avignon : une « Architecture » fragile

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