Au XIXe siècle, un étrange manuscrit signé par une certaine Ester, une mystérieuse jeune femme à la ferveur religieuse, est retrouvé dans la campagne anglaise. L'écriture raconte, à travers une série de journaux intimes et de poèmes d'amour, comment Ester s'épuise en se donnant à ses amants et à ses proches jusqu'au jour où elle disparaît du village sans laisser de trace.
La pièce de théâtre inspirée de cette histoire fonctionne comme une confession directe au public, dans une sorte de rituel intime de la parole. Une confession qui, comme chez Saint Augustin, est un moyen de nous racheter ensemble ; une confession qui devient dévotion et nous fait repenser les limites de la dévotion émotionnelle et les dangers qu'elle représente pour le corps de l'interprète.
Cela parle de l'usure causée par les regards lorsqu'ils transpercent un corps en proposant une réflexion sur ce que signifie pour le corps de l'artiste d'être regardé par les yeux du public et d'être vendu à maintes reprises par le marché capitaliste. Le résultat est un corps, comme celui d'Ester, consumé par l'amour dans un exercice de disparition progressive (l'acte d'aimer le spectateur comme une mort douce et lente).
Face à cette disparition imminente du corps de l'interprète et de l'œuvre elle-même, le cœur d'Ester se demande : devons-nous alors inventer de nouvelles formes de dévotion ? Existe-t-il une dévotion queer qui n'implique pas de sacrifice ? La seule option possible pour surmonter l'usure de la chair est-elle de la transcender et d'atteindre l'Esprit ?
Au-delà de la tragédie de mourir par amour, l'œuvre est aussi une célébration du dévouement au public, une lettre d'amour et une vénération de l'acte de se tenir ensemble dans la performance.