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Lola Lafon, Emmanuel Noblet

À l’aéroport, un groupe d’ami·e·s s’apprête à partir en vacances ; une de leurs valises, trop grande, est refusée par l’hôtesse. L’incident est banal mais le ton monte et un mot brutal lancé à l’employée de la compagnie aérienne provoque la discorde, un désaccord intime et politique : que révèlent les mots qui nous échappent, qu’on ne pèse plus ? Ces ami·e·s le sont-ils encore ? À l’extérieur de l’aéroport, le monde, le nôtre, fait miroir : on s’y affronte aussi pour des mots, on y parle sans dialoguer, une foule de « je » désirant former un « nous » sans y parvenir… Lola Lafon passe du roman au théâtre et confie la mise en scène de sa première pièce à Emmanuel Noblet, fidèle aux écritures contemporaines.

Résumé

C’est un espace neutre, un lieu où tout passe : les voyageurs, le temps, les rumeurs du monde. C’est un lieu sans mémoire, qui ne vit qu’au présent du déplacement : un aéroport. Assis sur les banquettes d’un coin-café, un petit groupe d’ami.e.s s’apprête à partir en vacances. Mais un incident banal survient : la valise d’une des voyageuses est refusée par l’employée de la compagnie aérienne, car trop grande.

Le ton monte, mais l’employée reste inflexible. Alors, un mot terrible est lancé à l’hôtesse, mot-déflagration qui va ricocher, révéler des incompréhensions, des questionnements, des doutes, aussi. Ces ami.e.s qui étaient si proches, intimement, politiquement, le sont-ils encore aujourd’hui ?

À l’extérieur, aussi, le chaos menace : sur les écrans, partout dans l’aéroport, défilent en boucle les images d’élections qui, dans deux pays européens, voient triompher un populisme applaudi par des foules ordinaires : la montée en puissance d’un nouveau parti appelé « PRENDRE SOIN ».

La nuit tombe, les ami.e.s ne sont toujours pas parti.e.s : les avions de leur terminal sont au sol, bloqués par des intempéries. La nuit accueille les questions plus qu’elle ne les défait ; dans l’aéroport, ce nulle part, chacun.e fait face à ses renoncements, ses compromis, pour se confronter aux questions du choix, du libre arbitre, de la responsabilité, du basculement intime et politique, par le biais d’un mot, d’un seul

Note d'intention de Emmanuel Noblet

À l’aéroport, quatre ami.e.s attendent de décoller vers des vacances ensemble. Au guichet, l’une d’entre elles a insulté l’hôtesse qui a refusé sa valise, trop grande selon les consignes de la compagnie aérienne. Un mot en particulier a été lâché, qui va être le révélateur de divergences profondes au sein de ce groupe. Comment faire société si entre amis on ne s’entend plus sur les mots ? Sur leur sens, leur poids, leur histoire.

L’époque que nous vivons est un vertige anthropologique. Lola Lafon l’observe ici par la métaphore d’un aéroport d’où plus rien ne décolle. Elle interrompt le temps pour nous demander, comme à ce groupe d’amis, vers quoi nous nous embarquons. Pour sa première pièce de théâtre, elle choisit le détail pour parler de l’essentiel, la petite histoire pour convoquer la grande. Elle dissèque les mots que nous employons, sachant qu’ils disent précisément notre rapport à la société, notre place sur l’échiquier politique, notre position dans le combat des vertus et des vices de nos citoyennetés. Notre usage des mots révèle si nous suivons la pente de notre époque, si nous faisons avec, ou si nous résistons.

Nous perdons tout sens si nous perdons le sens des mots. Si nous ne veillons pas sur leur histoire et la tournure que nous contribuons à faire prendre à la grande Histoire si ne sommes pas vigilants jusque dans le moindre de nos dialogues. Dans la bataille culturelle qui est en cours partout chaque jour - le plus influent magnat des médias français dit même qu’il mène « un combat civilisationnel » - les mots sont des armes, en première ligne. Qu’on le veuille ou non, que l’on soit conscient ou non que cette bataille se joue en permanence, notre responsabilité individuelle est terrible. Est-ce que nos paroles et nos actes confortent l’état des forces en présence ou cherchent à y résister, voire le modifier ? Que font nos silences et nos inactions ? Sommes-nous des pompiers ou des pyromanes de notre temps ? Chacun.e à sa place, est-ce que nous contribuons plutôt à augmenter ou diminuer le poids des souffrances et des injustices en cours ? En tentant de mener nos vies du mieux que possible, faisons-nous autre chose que des arrangements avec l’ordre en place ? À quel moment nos petits compromis deviennent-ils des compromissions ?…
Et quelles que soient nos réponses, avons-nous des amis qui choisiront de le taire ou qui sauront le dire ?

 

Calendrier des représentations

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