
Histoire d'amour (Derniers chapitres)
Un homme a écrit une pièce.
Viennent ce jour-là un autre homme et une femme et tous les trois, ils lisent ensemble ce texte. Ils joueront la pièce peut-être - ils sont acteurs - ou ils la découvrent seulement comme on découvre le texte d'un ami.
Ce que raconte la pièce qu'a écrit le premier homme, c'est le souvenir, quelques brides de ce que fut leur vie, ensemble, lorsqu'ils étaient plus jeunes.
Ce que raconte la pièce qu'ils découvrent, c'est la version du premier homme de l'amour qu'ils connurent et de sa destruction.
La fiction qu'il en a fait.
Le deuxième homme et la femme apportent leurs commentaires ou leurs propres souvenirs.
Histoire d'amour, c'est la répétition de la construction d'une histoire.
Jean-Luc Lagarce
Etre l'objet de son propre ressentiment.
S'en vouloir.
Se faire rire tout seul, rire de soi et pleurer parfois à son propre souvenir.
Regretter de n'avoir pas tenu les promesses qu'on se fit en secret.
Prendre des résolutions, bonnes, définitives.
S'y tenir.
S'en accommoder.
S'excuser trop tard et aggraver son cas à toujours vouloir revenir ainsi sur les histoires anciennes.
Dire : " Il faut qu'on parle " et parler
Dire : " N'en parlons plus " et continuer à y penser longtemps, dans le silence et la fausse tranquillité souriante revenue.
Etre rancunier et fidèle. Dire que cela revient au même.
Faire le bel esprit les jours de grands naufrages.
Ne jamais mentir, vraiment, jamais et ne rien faire pour être cru et ne pas être cru par les autres. (devrais mentir ).
Se surprendre à penser, au beau milieu de la souffrance la plus grave qu'il faudra s'en souvenir, le noter et réutiliser.
Etre assis au théâtre à côté de la personne qui inspira le personnage et avoir honte.
Etre heureux plus tard, pourtant, que d'une certaine manière, les choses ainsi aient été dites.
Dédier le livre comme on grave un coeur avec ses initiales et celles de l'Autre dans la pierre d'un mur du Mont -Saint -Michel.
Parler tout seul en vélo lorsqu'on est enfant et parler tout seul en voiture lorsqu'on est adulte.
Appeler son propre numéro de téléphone lorsqu'on est en voyage et enregistrer sur son répondeur qu'on revient bientôt.
S'acheter des fleurs. Marquer ses livres.
Avoir un album de photographies.
Donner "in petto". Dire, l'air entendu : " je me comprends".
Etre injuste parfois et aimer les citations.
Parfois, mais pas trop souvent, tout de même, juste les derniers temps, parfois se souhaiter à soi-même "bonne nuit" avant de s'endormir". Et s'endormir.
Se relire.
Se recopier.
Etre seul à se souvenir, l'affirmer du moins.
Tenir un journal. Faire des testaments depuis la petite enfance, léguer trois fois rien ou déshériter sans cesse, maudire, excommunier ou gracier des innocents inconscients.
Garder les traces, les preuves, "au cas où". Conserver le double des lettres envoyées dans la pile des lettres reçues.
Garder le tee-shirt emprunté et ne pas le laver.
Raconter des histoires, faire des bêtises. Aimer les histoires d'aimer. Préférer le récit de l'amour, son souvenir, à l'amour lui-même ?
Etre à sa fenêtre et se regarder passer.
Se jeter des pierres ou se faire un clin d'oeil.
Jean - Luc Lagarce
Critiques
Le Mondepar RédactionUn cri
Sur son lit d'hôpital, un homme et sa machine à écrire. Il essaie de taper les derniers chapitres d'une histoire d'amour entre un architecte et une chanteuse, qu'il aurait voulue drôle, apprend-on en fin de course.
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Archives des représentations
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Théâtre de la Cité internationale
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Paris
18 févr. > 21 mars 1992
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Théâtre du Chai
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Montpellier
12 juin > 13 juin 1991
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Les 2 Scènes
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Besançon
10 avr. > 19 avr. 1991