Vivant

Annie Zadek

Vivant

Il faut arrêter d’écrire.
Il faut agir. Fendre du bois.
Il faut travailler de ses mains‚ faire sa chambre‚
allumer son poêle.
Mieux vaut le travail manuel que le ni-ceci-nicela
avec mes amis écrivains.
Je n’ai rien écrit aujourd’hui.
Je n’écrirai rien demain.
Cela semble mauvais mais c’est bien.
Je ne veux plus écrire mais être.
Plus : écrire de la littérature mais : être la littérature.

À propos du texte :

« Je voulais parler de ma mort. Pas de la mort en général : de la mienne en particulier.
Mais comme on ne connait que ce qu'on reconnait et que, à proprement parler, c'est la seule expérience indicible, j'ai nommé mon livre « Vivant ». J'y parle du passé présent et de la modification - du corps, de la pensée, du désir, du langage,...ce qui revient à peu près au même.
De toute façon, les écrivains parlent toujours tous des mêmes choses : la vie, la mort, l'amour, le sexe, le Bien, le Mal, soi et les autres,...L'échantillonnage est large mais il n'est pas illimité.
Et comme Lui (celui qui dit Je dans mon texte : un mixte de Tolstoï-Hugo-Michelet) et moi (celle qui l'a écrit) nous sommes tous les deux écrivains (lui : "onze tomes d'oeuvres littéraires"; moi : six petits livres dont le sien) on ne peut pas se retenir de discuter aussi boutique : des mots, des sons, du sens, du rythme, de la disposition des silences et de la durée des blancs, "des mots, oui, plutôt que des choses", leurs variations, leurs combinatoires.
Et ça, par contre, c'est sans fin. »
Annie Zadek

Chaque rencontre avec Annie Zadek est pour moi l’occasion de prendre la mesure de l’exigence qui conduit son travail d’écrivain. Cette exigence‚ rien ne semble pouvoir l’entamer‚ ni la durée‚ ni l’économie peu confortable qu’elle entraîne forcément à sa suite.
Sa vie est entièrement affectée par son travail d’écriture. La légèreté‚ la gravité‚ le désespoir ou l’humour qu’elle manifeste au-dehors sont liés aux périodes qu’elle traverse dans l’élaboration du livre en cours. Il y a en elle une grande force et une fragilité mêlées‚ qui en font une artiste rare, quand les sirènes de l’immédiateté triomphante nous dispensent trop souvent d’accéder à la complexité de notre propre existence.
Vivant‚ matière âpre‚ où le désir et la mort se poursuivent sans relâche dans une course dont l’approche de la fin exaspère la rage de vivre. Cet homme‚ qui se livre à nous avec une franchise crue‚ sans aucun apitoiement‚ est un écrivain célèbre pour son œuvre littéraire‚ frère humain de Tolstoï‚ Hugo ou Michelet‚ un homme qui réalise que sa vie fut exclusivement le matériau de son écriture‚ « matériau la nature‚ matériaux l’amour‚ l’art‚ la Vénus de Milo... »‚ et qui rugit de vouloir aimer et vivre jusqu’au bout. Un homme qui ne veut « plus écrire mais être » et qui se reprend aussitôt : oui‚ mais « être la littérature ».
La vie s’exclame devant nous‚ rien n’est inventé : la chaleur d’une peau‚ le malheur sans fin des moujiks‚ les mots du sexe‚ le parfum des violettes... et c’est pour ça que ça vient nous toucher avec une telle force. Cet homme qui se débat dans l’insoluble difficulté toujours nouvelle‚ car jamais vaincue‚ de vivre en accord avec lui-même‚ n’est pas une fiction. C’est nous‚ c’est moi. Et heureusement j’en ris par endroits parce que c’est drôle‚ cinglant et cruel à la fois. Résister aux forces d’étouffement‚ faire face aux contradictions déchirantes‚ ne rien céde

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  • ISBN : 978-2-84681-232-0
  • Date de parution : 31-08-2008
  • Nombre de pages : 64 pages