Les Drôles (Un mille-phrases)
Elizabeth Mazev
Alors, parce qu'ils sentaient dans leurs jeunes âmes la chose qu'ils ne pouvaient nommer, ils se rabattaient sur les quelques solutions que d'autres avaient éprouvées avant eux.
La première solution, qui n'en était pas une, tenait du gémissement en deçà d'une plainte en bonne et due forme, au-delà d'un soupir désenchanté. Ils geignaient ! Sans se hisser jusqu'à l'indignation, puisque leur sort, ils pensaient le mériter.
La deuxième solution, qui n'en était pas une, c'était de s'abrutir avec ce qui était à leur portée : la nourriture, la télévision, la mièvrerie.
La troisième solution, qui n'en était pas une, c'était de se changer en " drôles ", d'être drôles dans les boums, de rigoler bien et de faire rigoler bien avec de savantes pitreries. D'endosser une fois pour toutes le rôle sordide de l'amuseur notoire.
La quatrième solution, qui n'en était pas une, c'était la présence de l'autre. Le compère bienveillant, fier dans le doute : le frère. Mais l'amant, où est-il l'amant ?
La cinquième solution, qui n'en était pas une, solution et miracle, l'exil. Un exil de papier.
Voilà les solutions qui n'en sont pas. Encore et toujours ça : nostalgie de l'enfance. Evidemment la plus élégante manière de dire la mort.
Olivier Py
Les Drôles évoquent à la fois Caubère et le Splendid à leur manière, une délirante fin de soirée entre amis et un incroyable exercice de confession publique. Sans manip ni chantage, à contre pied de tous les comiques de la filière café-théâtre/télé.
Libération

