Deux monologues de femmes. Le premier raconte comment - après bien des réflexions sur sa vie, sur leur vie de tous les jours dans un Paraguay alors sous le joug de la dictature - la tante Maria accepte d'épouser l'oncle Emilio pour lui faire gagner la vie éternelle.
Le second : une mère, une femme du peuple, est à la recherche de son fils disparu. Son périple - imaginaire - auprès des autorités, de sa cousine, du guérisseur est émaillé de souvenirs et d'allusions à la vie quotidienne. Au milieu d'une transe, elle " sent " son fils froid, " pareil à son défunt mari", tandis que la radio annonce le résultat d'une opération menée contre les subversifs.
Rubén Bareiro Saguier appartient à la génération des années 50. Il connaît le déchirement de la guerre civile, la violence et l'arbitraire de la dictature, la prison, l'exil. De tant de souffrances sont nés une œuvre forte et un poète.
Cette œuvre se doit d'être révélée, entendue, comprise. Emprisonné, frappé d'ostracisme, Rubén Bareiro Saguier dépasse par l'écriture l'épreuve du déracinement, pour en inverser les signes. Sa réponse à l'injustice, l'arbitraire sont les mots. Sa langue est belle, simple, vraie. Paraguayen, métis d'origine guarani, comme ses ancêtres qui avaient reçu des dieux " la source du chant sacré", inlassablement il questionne. (Jacqueline Baldran. Extrait de " Rubén Bareiro Saguier " Ed. L'Harmattan.)
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